Publié le 23 mars 2018

La Floride, refuge des Portoricains

Plus de 10 % de la population de Porto Rico pourrait quitter une île qui, six mois après le passage de l'ouragan, continue de panser ses plaies.

La vie de Maritza Garcia de Vila a basculé le 20 septembre dernier. Elle, quarante-sept ans, et son mari Javier, cinquante ans, habitent alors un petit village de montagne, à l'est de Porto Rico. Même si Javier, invalide, a arrêté de travailler, ils ont pu se faire construire une maison et épargner un peu. Ils aident aussi leurs trois enfants et gardent parfois leurs cinq petits-enfants. C'est alors que l'ouragan Maria frappe l'île.


« Nous avons connu des dizaines d'ouragans, y compris  Irma quelques jours avant, mais rien de semblable à ça, raconte Maritza. Ça a d'abord été le vent, des rafales qui ont duré huit, dix heures... Ca semble ne jamais s'arrêter. Notre maison est en ciment, d'autres étaient plus exposées. Pourtant, on a l'impression que le vent va tout arracher. On s'est réfugiés dans la salle de bains avec nos petits-enfants. Ça peut paraître bête, mais ça nous semble alors l'endroit le plus sûr de la maison. » C'est ensuite la pluie qui s'y met. Pendant plusieurs jours.

« Le niveau de l'eau montait à vue d'oeil. On a perdu notre réfrigérateur, notre gazinière. Tout... », ajoute Maritza. Toutes les communications sont alors coupées, comme l'eau et l'électricité. On se débrouille comme on peut pour tenter de joindre ses proches. Quand, enfin, certains peuvent sortir, ils mesurent l'ampleur du désastre. « Là où nous vivions, c'était la campagne, il y avait des arbres autour de notre maison. Là, c'est comme si les champs avaient brûlé. On voyait des maisons de voisins que nous n'avions jamais vues avant. »

Les jours suivants sont tout aussi difficiles. L'électricité ne revient pas, il faut faire la queue dans les magasins encore ouverts, à la banque... « Nos enfants devaient se lever à 2 heures du matin pour aller chercher de l'essence. Il y avait tellement de gens qui attendaient qu'ils ne rentraient qu'à 11 heures. Et on ne leur laissait mettre que 10 dollars », poursuit Maritza.

La famille prend alors une décision difficile. « Mon mari est malade du coeur, il ne pouvait pas rester comme cela. Et c'était risqué pour les enfants en bas âge. Nous aimons notre île, mais cela devenait une question de survie », s'excuse presque Maritza.

Elle a entendu parler d'un programme de la ville d'Orlando, Hola (Hispanic Office for Local Assistance), qui aide les Portoricains à s'installer en Floride. Elle obtient le numéro de téléphone. De village en village, au bout d'une heure, elle trouve enfin un endroit où les communications passent, en bordure d'une autoroute. Elle parvient à joindre la responsable du programme, Ana Cruz.

« Cela a été le tournant dans notre vie. Nous ne remercierons jamais assez les responsables de Hola. C'est incroyable de penser que des gens qui ne nous connaissaient pas nous ont aidés de la sorte. Et la population locale aussi a été formidable. » Elle dépense alors une grande partie de ses économies pour acheter les billets d'avion - dans les jours qui suivent Maria, les compagnies aériennes ont augmenté leurs tarifs... Puis c'est le saut dans l'inconnu : les onze membres de la famille s'envolent vers Orlando, sans y avoir d'attaches.

Exode massif

La ville d'Orlando, qui compte déjà une forte population d'origine portoricaine, a en effet décidé, quelques jours après Maria, d'apporter son aide. « Historiquement, New York est la première ville où s'installent les Portoricains. Mais, récemment, c'est en Floride qu'il en arrive le plus : le climat est proche de celui de Porto Rico et, surtout, le marché de l'emploi y est très dynamique », explique Edwin Melendez, directeur du centre d'études portoricaines du Hunter College (City University of New York).

Un centre d'accueil est alors installé à l'aéroport d'Orlando. Tous les services nécessaires y sont regroupés : aides au logement, aux transports, services de santé... Ana Cruz, présente dès les premières heures, raconte : « On peut difficilement imaginer la détresse des personnes qui arrivaient. Certains s'asseyaient devant nous et se mettaient à pleurer, avant même de pouvoir parler. »

Les chiffres varient et il est difficile d'estimer le nombre de Portoricains qui se sont réellement installés en métropole depuis Maria. Le nombre de 300.000 (près de 10 % de la population de l'île, qui compte 3,4 millions d'habitants) a été avancé, mais il correspond au total de personnes qui ont voyagé en métropole. Certains sont repartis depuis.

Selon les estimations d'Edwin Melendez, ils sont déjà 135.000 à avoir réellement quitté Porto Rico, six mois après Maria. Et 42% d'entre eux sont en Floride. Entre 2017 et 2019, ce sont plus de 470.000 personnes qui pourraient rejoindre la métropole, soit autant que sur toute la décennie précédente, pourtant marquée par une crise économique qui a conduit l'île à la faillite .


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